Je t'aime si fort... (quand l'amour fait mal)

Publié le 3 Mars 2016

Tu me blesses mais je t'aime quand même

Tu me blesses mais je t'aime quand même

[TW: violences psychologiques et physiques]

Mon amour,

Je t'aime si fort. Tu es mon rayon de soleil, mon énergie, ma raison de vivre. Je t'aime si fort que nous sommes faitEs pour être ensemble et pour nous aimer.

Je t'aime si fort que je tiens à te prouver mon amour en permanence, je tiens à te prouver que je pense à toi jour et nuit, nuit et jour, et que je passe chaque seconde loin de toi à ne rien faire d'autre que te manquer horriblement.

Je t'aime si fort que chaque minute sans te parler est une torture, alors quand tu ne me réponds pas, quand tu n'es pas disponible, ça me rend tellement triste que je ne peux pas m'empêcher de m'énerver contre toi. Mais c'est parce que je t'aime.

Je t'aime si fort que je mourrais sûrement si tu me laissais seulE, parce que je ne sais plus comment me débrouiller sans toi. Parce que tu es ma seule raison de vivre, la seule personne qui me comprenne vraiment, la seule qui m'accepte telLE que je suis. Qu'est-ce que je ferais, sans toi ?

Je t'aime si fort que je te le répète souvent, tout le temps, dès que je peux. Et j'aimerais que ça soit pareil pour toi. Parce que je t'aime si fort que je n'aurai jamais assez de preuves que tu m'aimes autant que je t'aime, moi.

Je t'aime si fort que la jalousie me ronge, que lorsque je te vois t'amuser sans moi, ou pire, t'amuser avec d'autres, je ne le supporte pas. Quand tu parles à tes amiEs, ou à tes ex, ou à ces autres personnes que tu aimes ou a aimé, je ne peux pas m'empêcher de me sentir menacéE. Je n'ai pas envie de t'interdire quoi que ce soit mais… Peut-être que si tu m'aimais vraiment, peut-être que si tu m'aimais autant que moi je t'aime, tu ne voudrais pas me faire autant de mal, et tu souhaiterais toi-même couper le contact avec touTEs celleux que tu aimes à part moi. Si seulement tu m'aimais vraiment, tu ne voudrais passer de bons moments qu'avec moi, tu ne voudrais être heureuxSE qu'avec moi et moi seulE.

Je t'aime si fort que je ne peux pas m'empêcher de te désirer à tout moment, de te vouloir, et lorsque tu te refuses à moi j'ai l'impression que tu ne m'aimes plus. Et cela me fait tellement de peine que j'ai du mal à ne pas insister, à ne pas essayer quand même, parce que j'ai tellement besoin de cette preuve que tu m'aimes et me désires que je suis capable de te forcer à me la donner.

Je t'aime si fort, je te veux tellement de bien, que je veux faire de toi une meilleure personne. Parce que tu es incroyable, tu es fantastique, mais encore imparfaitE, pas finiE, un brouillon de toi, en quelques sortes. Alors je t'aime si fort que j'ai envie de t'améliorer, que j'ai envie de faire de toi la personne que je pense que tu devrais être, la personne 2.0 que tu pourrais devenir, grâce à moi. Alors je te fais des remarques, je te corrige en permanence, je te dis comment tu devrais te comporter et qui tu devrais être. Parce que je pense que c'est bon pour toi. Parce que je t'aime si fort. Alors je te fais te sentir coupable de n'être « que » toi-même, mais c'est pour ton bien, tu sais. Je ne veux que ton bien.

Je t'aime si fort que je veux me sentir importantE à tes yeux, indispensable, même. Alors je te répète souvent que tu ne t'en sortirais jamais sans moi. Que tu n'arriverais jamais à te débrouiller sans mes conseils. Que sans moi, tu n'es rien. Que grâce à moi, tu es tout. Que tu as besoin de moi autant que j'ai besoin de toi.

Je t'aime si fort que te voir malheureuxSE ou en colère est insupportable. Parce que quand tu vas mal, je ne peux pas m'empêcher de penser que c'est de ma faute – c'est toujours de ma faute, n'est-ce pas ? Et tes larmes sont tellement dures à supporter que je voudrais les faire s'arrêter d'un coup, en te secouant, en te brusquant un peu, en te disant d'arrêter d'être ridicule, d'arrêter d'aller mal. Je t'aime si fort que je veux que tu ailles bien en permanence, que tu sois toujours heureuxSE – même si il faut, pour ça, que je me mette en colère contre toi.

Je t'aime si fort que quand j'ai mal à cause de toi, je ne peux pas m'empêcher de vouloir te punir. Je voudrais que tu voies ma douleur, et tant que tu ne la vois pas, alors je ne te parlerai pas, je t'ignorerai, je te refuserai des gestes d'attention ou d'affection. Je t'aime si fort que je suis prêtE à te bouder pendant des jours si il le faut, jusqu'à ce que tu comprennes toute l'ampleur de mon amour pour toi.

Je t'aime si fort que j'ai peur de mes propres sentiments, alors j'ai besoin de te répéter que je pourrais te quitter demain, et que peut-être, même, je vais le faire. Parce que je t'aime tellement que je te menace souvent de t'abandonner. Mais c'est parce que j'ai peur, si peur, que toi, tu m'abandonnes… Que deviendrais-je sans toi ? Rien. Je ne suis rien sans toi, et j'espère que tu le sais. Alors je fais planer au-dessus de toi mes propres insécurités, parce que je t'aime, et j'ai peur, tu sais.

Je t'aime si fort que j'ai besoin de savoir où tu es, avec qui, en permanence. Je t'aime si fort que j'angoisse quand tu ne me réponds pas dans la minute. Parce que j'ai peur pour toi, j'ai peur que quelque chose t'arrive, que tu te fasses agresser par d'autres, ou pire : que d'autres essaient de te voler à moi.

Je t'aime si fort que quand tes amiEs disent qu'on ne va pas bien ensemble, que quand tes amiEs disent du mal de moi, je n'ai qu'une envie : que tu arrêtes de les croire, et surtout, que tu arrêtes de les voir. Illes disent ça parce qu'illes sont jalouxSES de nous, tu sais, illes sont jalouxSES de notre amour si fort et si puissant, cet amour qu'illes ne connaîtront jamais. Alors illes veulent nous séparer, mais s'il te plaît, ne les écoute pas. Illes veulent te faire du tort. Moi, je ne veux que ton bien, parce que je t'aime si fort.

Je t'aime si fort que quand tu doutes de nous, ça me fait horriblement mal. J'aimerais que tu ne doutes jamais, que tu sois toujours sûrE que tu m'aimes et que tu ne veux être qu'avec moi. Alors quand tu te questionnes par rapport à notre relation, je ne peux pas m'empêcher de me mettre en colère, de faire taire tes doutes par des cris, des insultes, et parfois même des coups. Ou alors je pleure très fort, je te montre à quel point tu me fais du mal, encore une fois. Je t'aime si fort que la vérité me blesse et que je préfère encore que tu me mentes… alors s'il te plaît, même si tu ne le penses pas, dis moi que tu m'aimes vraiment très fort - au moins aussi fort que moi, je t'aime.

Je t'aime si fort que j'aimerais que tu te sentes obligéE de faire tout un tas de choses pour moi, mais en fait non, j'aimerais que tu aies ENVIE de faire toutes ces choses pour moi. Et je crève de douleur quand je ressens que ce n'est pas le cas, quand je ressens que tu n'en as pas envie, dans le fond… Alors j'aimerais voir dans tes comportements ce que je n'arrive pas à voir dans tes yeux, et je m'énerve quand tu ne veux pas faire ce que je voudrais que tu fasses pour moi, parce que c'est comme si tu ne me donnais pas assez de preuves que tu m'aimes.

Je t'aime si fort que parfois, mes sentiments me dépassent, parfois, je ne me contrôle plus. Mais c'est parce que je t'aime, c'est une preuve d'amour, tu vois ? Alors quand je te crie dessus, quand je t'insulte, quand je t'attaque, c'est parce que je suis comme unE animalE blesséE. C'est parce que tu me fais du mal, souvent, tu sais, tu me fais tellement de mal à cause de cet amour que j'ai pour toi et que je ne contrôle pas. Tu me fais tellement de mal à m'inspirer cet amour tyrannique et incontrôlable. Parce que c'est ta faute, tu sais, si je t'aimes si fort… C'est toi, qui a provoqué ces sentiments en moi. Alors assume tes actes, s'il te plaît : promets moi que tu ne m'abandonneras jamais et que tu m'aimeras toujours.

Parce que je t'aime si fort que je me sens enferméE, piégéE, que je ne sais plus comment être moi-même sans être avec toi. Je t'aime si fort que tu es ma drogue, ma dépendance, et que je me déteste moi-même pour ça. Je t'aime si fort que ça me rend faible, vulnérable, et que je ne te pardonnerai jamais d'avoir fait naître ces sentiments en moi.

Alors je t'aime si fort que je n'arrive pas à exprimer mon amour pour toi autrement que par de la possession, de la jalousie, de la violence ou de la manipulation. Je t'aime si fort et je n'ai jamais appris comment aimer autrement, alors je te fais du mal, mais c'est ta faute, c'est parce que je t'aime.

Si fort. Je t'aime si fort.

Si fort que j'en deviens violentE. A cause de toi.

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Cet article est en miroir d'un autre article de ce blog: "Gagner sa confiance"

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Sur ce blog:

- Viol ordinaire: Se réconcilier sur l'oreiller

- Des violences faites... aux femmes?

Pour aller plus loin (violences physiques et psychologiques):

- Les mots qui blessent (Focus Famille)

- 15 signes avant-coureurs de la violence psychologique (Mirepi)

- Comment prévenir la violence psychologique (WikiHow)

- Pour que ça se voie - Extraits de l'enregistrement du groupe de parole (Un mug)

- Le Tumblr "Paye ton couple", témoignages de violences conjugales

Rédigé par Decade

Publié dans #Violences psychologiques, #Violences sexuelles, #Couple

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Mathilde 12/04/2016 00:28

Chère Decade, merci pour cet article.

Au début je me disais "tiens on dirait mon ex A, sans les coups mais la possession, la jalousie, les pleurnicheries, tout y est. Puis en le relisant aujourd'hui, j'ai remarqué qu'en fait ça m'avait aussi concernée lors de ma relation, plus jeune, avec mon ex B. C'est dur de se rendre compte qu'on a été violent et toxique dans une relation (bon les torts étaient assez partagés dans cette relation mais je ne vais pas raconter toute l'histoire ici) et ton article m'en a fait prendre conscience. J'ai toujours eu beaucoup de mal à comprendre cette relation, comment on en était arrivés là, comment ne pas reproduire ce schéma.

Avec les pistes que tu donnes, je vois que j'étais jeune et que je n'avais pas appris d'autre manière d'aimer. Mes proches qui me voyaient malheureuse (car oui je l'étais, profondément) l'accusaient de mon malheur et me disaient que je ne pouvais pas faire de mal à qui que ce soit. Je sentais que c'était faux mais à force de n'entendre qu'un seul son de cloche j'ai fini par me considérer comme une pauvre victime qui n'y pouvait rien, ce qui ne m'a pas aidée dans ma guérison.

J'ai souffert, lui aussi. Il n'était pas une mauvaise personne, moi non plus. Mais on a fait des erreurs, on s'est fait énormément de mal, et on s'est très mal comporté. Je pense cependant que la pire erreur å faire est de considérer qu'il y a des mauvaises personnes, et que nous n'en faisons pas partie donc nos maivaises actions sont moins graves (parce que voyons, ce n'est pas pareil, je suis gentille moi).

Merci pour tous tes articles qui me font bien réfléchir. Bonne continuation,

Mathilde

cerealesgigolo 18/03/2016 19:15

Aimer...
Posseder..

La gratuité de l'acte se perd ^^