Tant qu'il le faudra

Publié le 2 Novembre 2015

[J'ai écrit cet article dans un état émotionnel un peu bizarre donc il est super peace&love au point d'en être, avec le recul, un peu naïf. Mais le fond du message y est]

 

Un jour que j'étais en train de m'énerver encore une fois sur une pub sexiste, un de mes potes m'a dit : "Tu sais, Decade, le problème avec toi, c'est que tu vois toujours le verre à moitié vide".

Alors là, j'ai trouvé que quand même il manquait pas d'air. Déjà, je me suis dit, je suis plutôt une personne optimiste. En plus, genre, c'était un mec alors comment il aurait pu comprendre ce que je ressentais face à une pub sexiste et comment il pouvait être là, tranquille, à m'expliquer la vie ?

Et puis je me suis dit que moi, les gens, je leur voulais que du bien, que j'étais juste un gros bisounours avec mes grandes idées, que tout ce que je voulais c'est que les autres arrêtent d'être sexistes, racistes, homophobes, biphobes, âgistes, validistes, transphobes, islamophobes, capitalistes, spécistes, putophobes euh…

Qu'illes arrêtent de faire et de dire tout un tas de trucs, en fait.

Et là je me suis dit : bon, ok. Il a peut-être pas tort. Peut-être que je vois UN PEU le verre à moitié vide.

Je suis contre, je suis anti

Parce que tout ce que je voyais, c'est ce qui allait pas. Parce que des fois je passe mon temps à taper du poing en disant que rien ne va, que dans quel monde on vit, et en 2015, sérieux, c'est abusé. Que la cruauté humaine, elle est sans limites.

Le langage, ça compte, sinon je m'embêterais pas à écrire avec des éE et des celleux. Ben se dire contre le racisme, le sexisme et tout les autres mots pas beaux (ou, selon qui on est, contre l'immigration, contre le socialisme, contre les religions, ...), c'est bien sympa, mais ça nous dit pas pour quoi on se bat. Même quand on dit "je suis végane" ou "je suis écolo", en gros on se définit par ce qu'on ne fait pas : exploiter les animauxLEs, ou polluer.

[J'ai essayé de ne pas prendre parti politiquement dans cet article, je parle surtout de communication par rapport à des idéaux politiques. Quand je donne des exemples, c'est censé pouvoir être remplacé par à peu près n'importe quoi]

Allez, un petit exercice ludique.

Je suis vegane, je suis contre l'exploitation animale. Donc, je suis pour…

Aaah vous avez vu, c'est pas si facile. Et non, répondre « pour un monde où on n'exploiterait pas les animauxLES », ça revient au même, arrêtez d'essayer de tricher.

Pourquoi pas, je suis pour un monde où les animauxLES seraient considéréEs comme des êtres conscientEs et sensibles, où les humainEs s'adresseraient à elleux en mode « salut copain ! », en mode, hey, il est possible que nous nous entendions bien, toi et moi, même si on n'est pas de la même espèce.

[Edit du 31/12/15: et pour le respect des droits fondamentaux de touTEs les êtres vivantEs, en fait]

A vous de voir. Allez, une autre : je suis contre le harcèlement de rue. Je suis pour…

Un monde où les femmes seraient en sécurité dans la rue.

« Sécurité », ça veut dire quoi, à part « ne pas se faire agresser » ? Pouvoir faire confiance à des inconnuEs dans la rue, s'adresser à elleux, et obtenir de l'aide en cas de besoin, je dirais.

Et là tu vois. Direct ça change le point de vue. Direct, on se dit, ah ouais, ça va impliquer de devoir COMMUNIQUER, en fait.

Le chaos

Ohé, là-bas, ya des sales féministes à taper. Ohé, là-bas, des racistes. Par ici, moi j'ai chopé une actrice porno à harceler. Une salope de prostituée, ou un connard de macho. Ou un violeur, ou un sans-papier, ou un sale squatteur chômeur fainéant, ou bien une féministe contre le voile, ou bien une féministe pro-voile, ou bien un sale boucher carniste, ou bien ces véganes qui se croient tout permis, ou bien, ou bien, ou bien.

Quand t'es contre une oppression, tu veux pas laisser les autres opprimer. Alors t'es un peu à l’affût, tu guettes pour rien laisser passer, pour les arrêter. Faut taper sur celleux qui oppriment, ça supprimera l'oppression, tu te dis.

Sauf que l'oppression dépend du point de vue où on se trouve, unE personne oppressifVE, c'est cellui qui oppresse (scoop), qui profite de sa place dans le système. Sauf que pour le mec riche blanc qui a l'impression qu'il va se faire piquer son boulot par des étrangers non blancs sans-papiers qui ont droit à beaucoup trop d'allocs selon lui, à priori, il croit VRAIMENT que l'étranger, c'est le danger, qu'il est venu avec l'intention de profiter du système. De son point de vue, l'étranger est un oppresseur.

Mais, heureusement, c'est pas le seul point de vue. En fait, toutE le monde a son point de vue. Du coup, « personne oppressifVE », en fait, c'est « personne qui, selon TON échelle personnelle privilèges-oppressions, profite du système ». En fait, les oppresseurSEs, illes sont probablement différentEs pour nous touTEs… C'est juste qu'on croit touTEs qu'on a raison.

[Edit: il y a bien des systèmes oppresseurs à décortiquer, des oppressions à analyser et dans ces exemples, les conséquences sociétales ne se valent pas, évidemment (taper sur unE oppriméE n'a pas le même effet que taper sur unE privilégiéE). Mais il n'empêche que ces opinions sont répandues, et que pour faire changer un point de vue, mieux vaut essayer de le comprendre d'abord]

Et si le problème, c'était juste qu'on n'arrivait pas à gérer nos désaccords ? Si voir le verre à moitié vide, c'était voir en l'autre l'ennemiE, cellui qui est différentE, cellui avec le/laquelLLE on pourra jamais partager quoi que ce soit ?

A partir de 1:30 (transcription volontairement dépolitisée) : Pourquoi vous faites peur comme ça ? Oui, je vous écoute. (Avis contraire) (…)
2:16 : (...) on est pris en otage par certaines personnes, et vous, vous faites la promo de ça. Vous savez très bien qu'un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse et ces gens-là illes sont spectaculaires, illes font beaucoup de bruit (…) Pourquoi vous parlez pas, à un moment donné, des gens positifVEs, des gens qui font avancer les choses (…) ? Aujourd'hui, il y a beaucoup de peur. ToutE le monde surfe sur la peur, la peur, mais à un moment donné, il faut qu'on sorte des peurs. Pour moi, écoutez, pour moi il y a un défi essentiel qu'on doit touTEs relever aujourd'hui qui important c'est relever le défi du « vivre ensemble » (...) la diversité, ce n'est pas une tare, c'est un CADEAU. C'est-à-dire que, à un moment donné, on doit trouver ce qui nous rassemble ! Pourquoi toujours chercher ce qui nous sépare ? Et c'est ça, le problème.

(Je vous conseille quand même de tout regarder).

Alors, vous tenez pour qui ? C'est qui le gentil, c'est qui le méchant ?

Dans un cas comme dans l'autre, t'allais commencer ta phrase par « ce con de [insérez ici un groupe quelconque] »

Ce con de raciste. Ce con de noir. Ce con de banlieusard. Ce con de mec cis. Ce con de riche. Ce con de pauvre. Ce con d'islamophobe. Ce con de musulman. Alors qu'on se bat contre les préjugés, contre le fait d'aborder quelqu'unE avec des idées pré-conçues.

Et là tu te dis, ouais mais, dans un cas il a choisi d'être raciste, dans l'autre il a pas choisi d'être noir. (Ou, selon qui on est : dans un cas il a choisi d'être musulman, dans l'autre il a pas choisi d'être blanc...)

Ouais. Sauf que le mécanisme est le même. La domination, elle est dans la manière d’appréhender l'autre. Si tu le décrédibilise en disant que c'est « un con de », t'es en train de faire la guerre à un groupe de personnes. De dire : faut pas les écouter, celleux-là. Leur avis, c'est de la merde. Illes sont pas douéEs d'esprit critique. On pourra jamais communiquer.

Le système oppresseur commence là où la communication s'arrête, à partir du moment où tu décides que ton interlocuteurRICE n'est pas CAPABLE de comprendre ce que tu veux lui dire. Parce que c'est une femme, un homme, unE blancHE, unE noirE, unE arabe, unE pauvre, unE riche, unE trans, unE cis bref t'as compris. Que ce soit parce qu'ille est non-blancHE ou parce qu'ille est raciste, à partir du moment où tu te dis « touTEs les mêmes », c'est bon t'y es.

Comme la vache qui est incapable de nous comprendre, et qu'alors c'est pas grave de bouffer du steak.

Parce que si le privé est politique, hé bien alors...

Les oppressions systémiques, ça commence dans nos têtes.

Voir le verre à moitié vide, c'est voir l'ennemiE en l'autre, la personne qui se bat contre nous. C'est vouloir effacer la différence, la voir comme quelque chose de négatif. Hey. On sera jamais touTEs d'accord. Il va bien falloir gérer ça.

Si tout le monde se dit que cellui qui est pas d'accord, l'oppresseurSE, c'est l'ennemiE à abattre, ça va tirer dans tous les coins. En fait, ça tire déjà dans tous les coins… On se bat contre nos ennemiEs, alors qu'on devrait se battre pour pour nos idéaux.

Quand on sait contre qui on se bat, mais qu'on ne sait même pas pourquoi, le combat risque de ne jamais s'arrêter… L'humanité a-t-elle connu une seule seconde de paix ?

A partir de 00:43 :
Bon, voilà ce que je pense : je crois qu'on ne peut pas mesurer sa gentillesse selon ce qu'on ne fait pas, ce qu'on ne s'autorise pas, ce à quoi on résiste et celleux que nous excluons. Je pense que nous devrions mesurer notre gentillesse à ce que nous accueillons, ce que nous créons, et celleux que nous incluons.

Film: Chocolat

La tour de Babel

Pourquoi on se bat ? Pour que chacunE puisse être cruE, considéréE, que les besoin de chacunE soient pris en compte.

Mais au lieu d'écouter, de demander de répéter pour être sûrEs qu'on s'est bien compris, on se jette sur n'importe quelle occasion pour « lutter contre ». Au lieu de se dire qu'il y a sûrement des trucs sur lesquels on est d'accord, des choses sur lesquelles on pourrait se rejoindre, on part du principe que non, qu'essayer de se comprendre, ça sert à rien.

Perso, je suis incapable de regarder un débat entre personalitéEs politiques parce que ça s’interrompt dans tous les sens, ça s'écoute pas, ça tourne en rond pendant trois heures, et que « c'est intolérable », et que « c'est scandaleux » et que « c'est n'importe quoi » et que « vous êtes ceci » et que « vous soutenez cela ». ToutE le monde accuse toutE le monde alors que sur plein de points, illes sont d'accord en plus. Sérieux, des fois illes sont d'accord !

T'as juste envie de dire MAIS LAISSE LE/LA PARLLEEEERR !!

Sauf que toi-même, pour dire ça, il faudrait que tu les interrompes, tellement illes s'écoutent pas. Parce qu'illes se battent pour rien, illes se battent contre des gens, illes se battent entre elleux. Illes veulent surtout pas être d'accord, en fait.

Si vous vous battez pour que touTE le monde puisse être écoutéE et cruE, écoutez et croyez les autres. Considérez-les si vous voulez qu'illes vous considèrent. Vous voulez qu'on prenne le temps de vraiment vous comprendre ? Prenez le temps de vraiment les comprendre. Vous voulez que vos besoins soient entendus, pris en compte ? Prenez les besoins des autres en compte.

Il va bien falloir trouver, à un moment, d'autres manières de nous faire entendre qu'en se coupant la parole et d'autres manières de désarmer quelqu'unE qu'en sortant nous-mêmes les armes.

Dans quel but vous vous battez ? Si vous voulez un jour pouvoir avoir confiance en l'autre, n'importe quel autre, qu'ille puisse un jour être unE amiE potentielLLE jusqu'à preuve du contraire, commencez par être vous-même l'amiE potentieLLE de touTE le monde.

Commencez par vouloir établir un dialogue. Vous pouvez avoir des désaccords sans être des ennemiEs pour autant.

Pourquoi écouter le/la dominantE ?

Déjà parce que si vous vous battez pour l'égalité, ça veut dire « être égauxLES ». Ça veut pas dire « compenser les inégalités de la société en créant des inégalités inversées dans ta communauté ».

Être égauxLES, c'est quand qu'on fait une démonstration par l'exemple ?

Parce que des fois, le/la dominantE prend conscience, réalise, et moi, ça m'intéresse. Le jour où le/la dominantE vire de bord. Le jour où le/la privilégiéE se retrouve hors de sa zone de confort, hors de sa tour de verre. Le jour où ille se réveille, que d'un coup, toute l'injustice dont il se foutait pas mal peu de temps avant, d'un coup, ça lui devient insupportable. Le/la dominantE a tout intérêt à ne pas vous écouter, à refuser de prendre conscience, parce que sinon sa vie ne sera plus jamais tranquille. La bonne conscience, ça laisse jamais tranquille.

La pilule de Matrix. La pilule du/de la privilégiéE qui se rend compte qu'ille est privilégiéE. Bim. Surprise.

Parce que si vous croyez que pour unE dominantE, c'est facile, de changer son point de vue, vous oubliez que prendre conscience de sa domination, pour l'oppresseurSE, c'est risquer sa place de « bonNE personne ». C'est prendre conscience de plein de fois où on a fait du mal à des gens, directement ou indirectement, c'est risquer de passer pour unE personne relouE et révoltéE en permanence qui a même pas d'humour. Tes valeurs vont changer et potentiellement tu ne seras plus en accord avec ton boulot, ta famille, tes amiEs, tes loisirs, ta façon de vivre. Ça risque de faire de la casse, de faire des changements.

« En Quête de Sens », documentaire sans producteurs ni conservateurs.
Quand Nathanaël retrouve Marc à New York, les deux amis ne se sont pas vus depuis 10 ans et leurs trajectoires les ont éloignés : Nathanaël vient de finir un film environnemental en Inde, Marc, lui, exporte de l’eau en bouteille pour une multinationale…
Mais un accident vient interrompre son « rêve américain ». Cloué au lit, il se résout à visionner une série de documentaires laissés par Nathanaël sur la “marchandisation du monde”. Dès lors, sa conscience ne le laissera plus tranquille. Oubliant ses plans de carrière, Marc rejoint Nathanaël en Inde où ils commencent une épopée improvisée.

En Quête de Sens

En gros, tu prends le risque de basculer de l'autre côté, de te faire rejeter par celleux qui t'entourent, voire de te toi-même passer dans le camp des dominéEs.

Quand t'es privilégiéE, vu d'en haut, les dominéEs, ça fait peur, tu vois pas le fond et t'as le vertige. T'oses pas sauter. Ce risque, en plus, rien ne t'oblige à prendre, vu que t'as une jolie place en haut de la hiérarchie et ça serait beaucoup plus simple de fermer les yeux, de continuer ta vie tranquille.

Donc tu flippes, t'as peur. Et plus tu te considères haut placé, plus tu penses que t'as beaucoup à perdre. Ouais. Quand t'es unE privilégiéE, prendre conscience de l'injustice, c'est aussi prendre conscience que ta place n'est due qu'au hasard.

Lorsque quelqu'unE refuse de vous écouter, demandez-vous ce qu'ille aurait à y perdre.

Alors moi, les dominantEs qui ont viré de bord, ça m'intéresse de les écouter. Ça a été quoi, ton déclic ? Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ? C'est quoi, qui t'as poussé dans le vide, qui t'as donné le courage d'affronter ta peur de tout perdre ? C'est quoi, alors que t'aurais pu vivre ta vie tranquilou, qui t'as convaincu de te battre contre l'injustice ?

Le jour où t'as arrêté d'avoir peur ? Que tu t'es renduE compte que t'avais plus peur de perdre ton argent, ton physique, ton boulot, ta famille, ton couple, ta réputation ? Le jour où t'as décidé que l'oppression, elle te faisait du tort à toi aussi, qu'elle t'enchaînait dans ta cage dorée ? Le jour où toi aussi, tu as voulu te battre pour que toutE le monde puisse être libre, le jour où t'as arrêté d'avoir peur de ta propre liberté ? Le jour où t'as arrêté de croire que t'avais beaucoup à perdre, et que tu t'es renduE compte que t'avais surtout beaucoup à gagner ?

Au lieu de couper des arbres, semez des graines. Faire voir le verre à moitié plein, c'est donner des bonnes raisons de vous écouter, d'apprendre à vous connaître, de vouloir changer d'avis. C'est montrer ce qu'il y a à y gagner.

Mais si, les gens peuvent vous comprendre

Ce qui fait changer d'avis les dominantEs, cette pilule de Matrix, ce qui leur fait prendre conscience, c'est lorsqu'illes s'identifient. Leur pilule de Matrix, c'est l'empathie. C'est le verre à moitié plein.

Parce que se rendre compte que les gens du fond du train sont pas plus malheureuxSES que toi, ça fait moins peur du vide. Se rendre compte qu'illes peuvent t'apprendre des choses, qu'on t'a menti toutes ces années en te disant que tu gagnerais rien à apprendre à les connaître, ça te fait te dire que c'est pas si grave, finalement, de faire quelques changements dans ta vie, de prendre un risque.

Et puis comment comptez-vous faire changer quelqu'unE de point de vue si vous-même vous comptez rester campéEs sur vos positions?

Penser que quelqu'unE va ressentir de l'empathie pour vous alors que vous ne ressentez que du mépris pour ellui, je vous dis tout de suite, ça va difficilement de le faire. Je veux dire, vous vous battez pour la différence, non ? Ça va bien impliquer, à un moment, que des personnes aient des idées différentes de vous…

Allez, encore un exercice. Je suis contre le fait que mon voisin laisse la musique à fond jusqu'à 3h du mat'. Si tu vois le verre à moitié vide, tu vas lutter contre ton voisin. Si tu vois le verre à moitié plein, alors c'est quoi, que tu veux vraiment ?

Une bonne entente entre voisins. Et là tu fais, putain, ah ouais en fait garder son objectif en tête des fois ça sert. Parce qu'en fait, c'est pour arriver à vivre ensemble, qu'on se bat.

On connais touTEs le sentiment de honte, des humiliations on en a touTEs vécues. Il devrait y avoir moyen de trouver un point de départ au dialogue, quelque chose qui nous rassemble… non ? Pourquoi on se féliciterait de ce qu'on a réussi à faire censurer, de qui on réussit a fait taire ? Pourquoi on ne se réjouirait pas des conflits qu'on a désamorcés, des gens avec qui on a réussi à s'entendre alors que c'était pas gagné, des gens avec qui on est parvenu à discuter malgré nos à priori, nos préjugés, nos différences ?

Alors dites-moi, votre verre à moitié plein, c'est quoi ? Pourquoi vous vous battez ? Parce que ce monde, on va bien devoir le construire ensemble, vous et moi, alors autant savoir pourquoi on se bat.

Parce que si tu fais pas confiance aux autres, avec qui tu as envie de bâtir ce monde ? T'attends quoi, de touTEs ces oppresseurSEs, à part « qu'illes arrêtent de », « qu'illes disparaissent », « qu'illes viennent pas là », « qu'illes me laissent tranquille », « qu'illes se fassent exclure » ? (De nouveau: les opperesseurSEs, selon tes opinions personnelles).

Scoop : faire disparaître les autres, c'est pas possible. Il faudra bien, un jour, que notre société apprenne à gérer ses conflits, gérer sa violence. Vous aurez beau recréer des communautés, des micro-sociétés, tant qu'on saura pas comment communiquer, tant qu'on se battra contre les oppresseurSEs au lieu de se battre pour l'égalité…

Ben il y aura toujours des pouvoirs, des dominantEs et des dominéEs.

A partir de 1:05 (volontairement dépolitisé, de nouveau) : (...) si mon frère m'entends je dis qu'il se laisse pas berner, qu'il ne croie pas une seconde qu'il est là-bas pour la paix, il est là-bas pour utiliser des armes, (…) il est là-bas pour défendre les idées des (…) ou des (…) selon le camp dans lequel on se trouve (...), et que tout ça C'EST DE LA MERDE, il faut le dire maintenant aux gens, il faut qu'on nous change la vie, on voudrait apprendre à nos enfantEs autre chose que ce que qu'on nous a appris, et maintenant je le dis tout haut et fort et tout en emmerdant celleux qui croient que j'ai les idées courtes (…) et si on veut des idées j'en donnerai, et sur un peu tout, et je suis prêtE à recevoir surtout celles des autres pour montrer si illes en ont autant que moi alors je dis que tout ça suffit, qu'il nous faut la paix, qu'on veut la vraie paix. (…) et j'emmerde tous les pouvoirs, d'où qu'ils soient et quelles que soient leurs idéologies, et j'emmerde en même temps celleux qui pensent que c'est facile de le faire parce qu'illes ont qu'à venir le faire à ma place.

(... mais regardez tout quand même)

Ça date de 1983 et rien n'a changé. Pour arrêter de se battre, à un moment, il va bien falloir arrêter de se battre.

Alors on peut se dire ouais encore un, hein, tous les même ces mecs-là moi je les connais. Toujours les mêmes qui se ramassent les fleurs quoi. On peut voir le verre à moitié vide.

Ou alors on peut voir le verre à moitié plein, on peut juste retenir ces mots là, peu importe qui les a dit, peu importe dans quel camp ille se bat:

Ta couleur et tes mots, tout me va, que tu vives ici ou là-bas. Danse avec moi, si tu crois que ta vie est là, ce n'est pas un problème pour moi... Ooh. (...), je te veux si tu veux de moi !

En l’occurrence, ils ont été écrit en 1985, parce qu'être contre le racisme c'était être pour l'accueil, pour l'immigration, pour l'étrangerÈRE, pour la différence, pour l'autre.

Pour la dignité. Et ça l'est toujours.

Daniel Balavoine, mort en luttant pour une cause qui aurait pu ne jamais le concerner. L'oppression se cache souvent sous les corps de celleux qui sont mortEs trop tôt, des morts prématurées, de celleux qui se sont fait écraser par le système, ou de celleux qui ont voulu s'en libérer.

(en bonus si vous regardez le clip vous aurez l'occasion de voir le verre en entier. Ouais, c'était plein de bonne volonté. Non, c'était pas parfait pour autant).

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L'histoire se répète, les pions changent. Les mots se répètent, les gens changent.

Le verre à moitié plein, c'est ce qui nous rassemble. Parce que refuser d'exclure, c'est inclure. Deal with it.

La vraie paix, elle commence dans nos têtes.

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Sur ce blog:

- "Moi, ça va": Le monde est injuste et les autres sont partout

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En rapport avec ce texte:

- « Nous serons des mendiants tant que nous ne penserons pas la question du pouvoir » (Prise de parole d’Houria Bouteldja à l’arrivée de la Marche de la Dignité, Bastille, le 31 octobre 2015)

- Leçon d'oppression pour les nulLEs - Swedish Sins

- Demandez-vous (juste après dresseuse d'ours) - Les histoires d'une jeune généraliste, brutes et non romancées. Sinon c'est pas rigolo.

- Les gens et le racisme, un problème d'égo - Ms. Dreydful, Be conscious or Die Trying

Rédigé par Decade

Publié dans #Privilèges et oppressions, #Militantisme

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Erotrique 20/11/2015 22:10

C'est riche, de références, de reflexions.

A se demander si cette repetition du jeux "pouvoir / contre pouvoir", ces pions qui changent, ces mots qui se repetent.. ne sont pas l'objectif en soit. Un bord alimentant l'autre dans sa conviction, ses peurs, sa colere ou sa haine parfois, son energie toujours, peu importe la cause.